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Quelques lectures en suggestion

Peut-être la lecture de ce carnet inédit d’un déporté floreffois pour le travail obligatoire en Allemagne en novembre 1916 vous aura-t-elle donné l’envie d’en savoir plus sur cette période tragique vécue par des hommes de chez nous au cours du premier conflit mondial.

Il faut se souvenir que dès l’invasion de notre pays en août 1914, les Allemands ont procédé à des déportations forcées de civils à titre de représailles contre des attitudes jugées hostiles de nos concitoyens. Tout au long du conflit, ils ont utilisé ce type de répression, notamment pour réprimer des refus d’obéissance dans le chef d’autorités civiles ou religieuses. C’est ainsi, par exemple, que le bourgmestre de Floriffoux, le baron Jean de Dorlodot, fut déporté et interné en Allemagne de juillet 2017 jusqu’au 28 novembre 1918 pour avoir refusé l’ordre de réquisition des fils de fer de clôture donné à la population locale.

Mais en ce qui concerne René Jadot, il s’agit d’une première déportation de masse des «chômeurs » belges décidée par le haut commandement militaire allemand.
Il existe une littérature abondante sur le premier conflit mondial mais nous nous limiterons, dans ce contexte, aux quelques ouvrages qui nous ont aidés dans nos recherches.

Encyclopédie de la Grande Guerre (2 tomes) sous la direction de Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker et le Comité directeur du Centre international de recherche de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne (Édit. Perrin, coll. Tempus, n° 474 et 475, 2014, env. 1800 pages).
Note de BF : cette encyclopédie est «le fruit d’un travail collectif de plusieurs années et rassemble des articles signés par les meilleurs spécialistes mondiaux du sujet.
Son ambition est de couvrir tous les aspects de la guerre (militaire, politique, économique, social, technique, religieux, artistique, et plus largement culturel) afin de donner au lecteur une compréhension exhaustive de ce cataclysme qui fut la matrice du XXe siècle». Ouvrage de référence.
Extrait : «Annette Becker a bien montré que les pratiques d’occupation allemande étaient perçues comme des actes de guerre contre les populations civiles.
Les politiques de prise d’otages, de mobilisation de la main-d’oeuvre civile au service de l’effort de guerre, le déplacement massif de populations résultent tout à la fois d’intérêts fonctionnels liés à la mise en place d’une mobilisation économique de plus en plus intense et d’une politique de répression visant les actes d’insoumission et de résistance civile». (Tome II, page 315)

Oubliés de la Grande Guerre. Humanitaire et culture de guerre. 1914-1918.
Populations occupées, déportés civils, prisonniers de guerre. Annette Becker (Arthème Fayard, coll. Pluriel, 2012, 387 pages).
Note : «Fondé sur l’analyse d’archives inédites, en particulier celles du Vatican et du Comité international de la Croix-Rouge, ce livre renouvelle en profondeur l’étude de la Grande Guerre.
Il révèle ainsi que la Grande Guerre ne fut pas seulement la guerre des tranchées mettant aux prises les combattants du front, mais qu’elle fut bien une guerre totale, pesant en profondeur sur les sociétés et enrôlant des populations entières».

Les déportations de civils belges en Allemagne et dans le Nord de la France. René Henning, du Comité de Secours aux Déportés. Vromant, 1919, 226 pages.
Note BF : une introduction juridique de M.E. De Le Court, Avocat général à la Cour d’Appel de Bruxelles précède ce livre dédicacé par l’auteur «A Madame la Comtesse Jean de Mérode, qui couvrit de sa bonté et de sa sollicitude les martyrs des déportations.»
122 pages sont consacrées à des récits de déportés rapatriés et plusieurs photos de ceux-ci, torse nu, témoignent de leur amaigrissement à leur retour.
Enfin, l’auteur cite une déclaration de von Bissing qu’il qualifie de fourberie :«Les déportations ne sont rigoureuses ni pour le pays, ni pour la population. Elles sont une nécessité créée par la guerre, et, au fond, elles seront un bienfait pour les ouvriers et une bénédiction pour le pays.»
Il laissa cependant percer un peu de vérité lorsqu’il ajouta : «Déjà avant que je me visse obligé à prendre d’autres mesures, 30 000 belges s’étaient rendus volontairement en Allemagne. J’ai eu l’espoir que cette reprise du travail se serait encore étendue, mais une propagande effrénée intervint de la part de nos adversaires.»

La vérité sur les déportations belges. Étude historique et économique. Fernand Passelecq, Directeur du «Bureau documentaire belge » au Havre. Berger-Levrault, s.d., 78 pages.
Note BF : En guise de préface, l’auteur reprend le texte d’un discours d’Emile Vandervelde, membre du Conseil des Ministres de Belgique, prononcé à l’Hôtel de ville de Nancy, le 25 février 1917.
Ce fascicule est présenté comme un abrégé de l’étude magistrale que constitue l’important ouvrage de F. Passelecq, «Les déportations belges à la lumière des documents allemands (Berger-Levrault, 1917, Gr. in-8, XVI-435 pages avec nombreux fac-similés hors texte).

Monseigneur Thomas-Louis Heylen, Évêque de Namur, Son action et ses lettres pendant la guerre de 1914-1918, par E.-J. Jansen, C.O.P., Curé de Beuzet, Archiviste de la ville de Turnhout, Membre titulaire de l’Académie royale d’Archéologie de Belgique, Namur, Wesmael-Charlier, 1919, 256 pages.
Note B.F. : L’auteur consacre le chapitre IX de son ouvrage aux déportations et aux condamnés politiques (p. 142 à 167). Il cite notamment un extrait de l’allocution consistoriale du Saint-Père du 4 décembre 1916 :«Des citoyens paisibles en nombre considérable furent arrachés à leurs foyers et emmenés au loin, au milieu des lamentations des mères, des épouses, des enfants».
Il relate ensuite longuement le déplacement de Mgr Heylen à Gembloux, le 22 novembre 1916, où il assiste à la déportation vers l’Allemagne de 1 574 hommes .
«Monseigneur fortement émotionné rentra le soir à Namur. Il avait pu constater de visu à quel degré s’étaient élevés l’arbitraire et l’injustice des dominateurs de la Belgique.»

Les carnets du chanoine Schmitz. La Grande Guerre au jour le jour en province de Namur et Luxembourg. Ouvrage collectif en deux volumes, par J.F.Pacco, Chr. Decock, M.Chr. Claes, A.Tixhon, Chr.Liégeois et Daniel Meynen (Les éditions namuroises, rue de l’Ecole, 159, 5100 Namur, 2020).
«Tout au long de la Grande Guerre, Jean Schmitz, secrétaire de l’évêque de Namur, Mgr Heylen, a noté les moindres faits entendus ou observés dans les provinces de Namur et Luxembourg. Jour après jour, il raconte la vie quotidienne des civils : le pain et le charbon devenus rares et chers, le courrier censuré, les rumeurs, les réquisitions, les déportations, la menace constante d’être mis en prison.
Inédit, le texte intégral des quatre carnets de Jean Schmitz fait ici l’objet d’une publication exceptionnelle, enrichie de 591 illustrations, d’articles éclairant le contexte et d’un index de 1 392 noms de personnes et 959 localités».

Les affamés, par Francis André (Éditions Weyrich, route de la Maladrie, 5, Longlier, coll.Regain, 2016).
«Détenu au camp de Cassel de décembre 1916 à février 1917, F.André s’est inspiré de sa propre expérience pour écrire ce roman fort, dur, nécessaire. Né à Fratin en 1897, ce paysan-écrivain de gauche devient bûcheron et ouvrier carrier. En 1964, il recevra le prix Max Elskamp pour l’ensemble de son œuvre et décédera en 1976.
Note B.F.: De nombreux points de comparaison avec René Jadot sont à relever dans ce livre étant donné qu’ils sont passés tous deux par le camp de Cassel à la même période.

La déportation des ouvriers belges en Allemagne. 1914-1918. D’après le journal de Léon Frérot (Biesme) par Jean-Louis Van Belle (Éditions Safran, Bruxelles,coll. Histoire,
2014).
«Écrite dans un carnet de 20 cm x 16,5 cm comportant 78 feuilles, la relation de l’auteur couvre la période du 28 novembre au 4 mars 1917. Léon Frérot rentrera à Biesme le 5 août 1917. Comme pour René Jadot, nous restons en grande partie dans l’ignorance de leur histoire vécue dans cet intervalle entre le départ de Cassel et le retour au pays».

La déportation de civils à Güben. Gare de Rhisnes, le 29 novembre 1916, par Jean-Claude Dujardin (Édité par le Syndicat d’Initiative de La Bruyère avec le soutien du Commissariat général au tourisme, Meux, 2016).
«Ce livre reprend une courte biographie de chaque homme des villages de La Bruyère, qui par un froid glacial, le matin du 29 novembre 1916 se rend à la réquisition de Rhisnes. Avec les hommes d’autres villages du nord de Namur, il est déporté en Allemagne, près de la frontière polonaise. 814 personnes feront le voyage dans des conditions très difficiles.»

Souffrance et mort d’un déporté. Lettres de Victor Thys (1898-1918) par Robert Pourbaix (Éditions du Gabos, impr. Mary & Fils à Seneffe, dessins de Bernadette Deprez, 14/3/1986).
«Fils de famille modeste, Victor Thys était employé aux usines Nicaise-Delcuve, à La Louvière; il suivait des cours du soir; il aimait sa famille, la nature et la vie. Mais il est mort à 19 ans, victime de la déportation meurtrière… d’octobre 1916 à février 1917.
…la correspondance de Victor Thys apporte un éclairage bouleversant sur la souffrance des déportés. Le style simple et rude laisse percevoir les craintes et la tendresse, pudiquement exprimées, jusqu’à la mort».
 

Dinant, tu renaîtras! par Michel Coleau et Axel Tixhon (dir.) (Éditions ASBL Espère en Mieulx, rue Richier, 40, 5500 Dinant, 2018).
«La première partie de cet ouvrage collectif de 425 pages, intitulée «Histoires d’hommes héroïques» et en particulier, les pages 97 à 116, comprennent en effet un chapitre consacré à «la déportation à Cassel, un voyage au bout de l’enfer». Ce passage traite des déportés dinantais du 4 décembre 1916 (Axel Tixhon) et comporte un répertoire de ces hommes (Michel Kellner). L’article d’Axel Tixhon, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Namur, est particulièrement éclairant sur la situation créée en Belgique par l’arrivée d’Hindenburg et de Ludendorff à la tête de l’armée et par le démembrement de notre industrie, source d’un chômage important.»

Gembloux dans la tourmente de la Première Guerre mondiale, sous la coordination d’ Hervé Legros, Elisabeth Van Eyck et Elodie Van Lippevelde (Cercle royal ‘Art et Histoire’ de Gembloux, 2014).
«Sur près de 300 pages et de 250 illustrations, d’anecdotes et de documents, divers textes permettent d’aborder le quotidien des habitants du Pays de Gembloux depuis l’offensive d’août 1914 et pendant les cinq années d’occupation. Un chapitre entier est consacré à la déportation des hommes du Canton en novembre 1916.»

Floreffe dans la Grande Guerre 1914-1918 dans le Souvenir 2014-2018. André Lessire, éditeur resp. André Lessire, Tienne Saint-Roch, 2, 5150 Floreffe, novembre 2013.
«La rédaction des textes et la sélection des illustrations sont dues à l’auteur et la maquette et la mise en page à Jean-Philippe Dave. Publication réalisée à compte d’auteur avec le soutien et la collaboration de l’Administration communale et de l’Office du Tourisme de Floreffe et de Balade et Culture A.F. (400 exemplaires). L’auteur est Floreffois de souche et passionné d’histoire locale (militaire en particulier), instituteur retraité et guide touristique chevronné. Cette publication, œuvre de passion mais de la plus grande objectivité, retrace le destin de la cinquantaine de victimes, militaires ou civiles, pour la plupart issues des quatre villages qui constituent, depuis 1977, l’actuelle commune de Floreffe.» (Extrait de la Préface du bourgmestre André Bodson)
Ce livre est particulièrement remarquable par l’abondance et le choix des illustrations. La déportation des civils en novembre 1916 fait l’objet d’un chapitre particulier (p.89 à 102).

Floreffe. Onze Novembre. 1918-2018. André Lessire, éditeur resp. André Lessire, Tienne Saint-Roch, 2, 5150 Floreffe, octobre 2018. Publication réalisée à compte d’auteur avec le soutien de Balade et Culture A.F., Devoir de Mémoire, 100 exemplaires.
Il s’agit, selon l’auteur lui-même, d’une version remaniée de son livre précédent «Floreffe dans la Grande Guerre 1914-1918» publié en 2013 et rapidement épuisé.
«La matière y est abordée différemment, certains sujets ont été supprimés, d’autres apportés, de même pour les illustrations. Si la première publication était axée sur août 14, celle-ci centrée sur novembre 18 trouve mieux sa place dans l’esprit d’un Onze Novembre tout particulier puisqu’il s’agit du centième.» (Extrait du Préambule signé de l’auteur).
Mêmes remarques que pour l’édition de 2013. La déportation des civils de novembre 1916 fait l’objet de plusieurs chapitres (pages 74 à 84 et 124 à 127). L’auteur rappelle également les rencontres entre des délégations officielles de la ville de Cassel (Hesse/Allemagne) et de Floreffe qui ont permis, pour la première fois dans l’histoire de nos communes, des échanges directs et chaleureux dans le souvenir de cette déportation (pages 100 à 106).

En 1916. La déportation en vue du travail obligatoire en Allemagne. Jean-Loup Robaux, Revue les Nouvelles Glanes, avril 1998, n°3, p.24 à 28.
L’auteur cite notamment le témoignage d’Elisa Vandenbranden, en religion Sœur Marie Claudina des Sœurs de la Charité de Gand, originaire de Floriffoux (° à Floriffoux, le 7/10/1910 et + à Saint-Servais le 16/10/1989) et celui de Melle Christine Robaux (° à Floreffe le 10/5/1887 et + à Saint-Servais le 20/8/1948). Cet article, grâce à l’apport de témoins, donne une consistance et une grande proximité à ces évènements tragiques pour les populations civiles.

Récit d’un déporté belge en Allemagne pendant la guerre de 1914, par Jean-Loup Robaux. (Nouvelles Glanes, n° 4 – p.13 à 16- et 5 -p.12 à 15). Relation par Oscar Casimir, de Soye, de sa déportation à Cassel en novembre 1916, rédigée en août 1917, soit un mois après son retour au pays.

Les ouvriers de la Grande Guerre : les réquisitions de la population masculine dans la Province de Namur à la fin de l’année 1916.
Mémoire présenté par Jehanne Defossa en vue de l’obtention du grade de licenciée en Histoire. Promotrice : Mme Laurence van Ypersele. Université catholique de Louvain, année académique 2006-2007.
Note BF:
C’est grâce au chapitre consacré aux «Déportés dinantais du 4 décembre 1916» par le Pr Axel Tixhon dans le livre «Dinant. Tu renaîtras !» (2018) et plus particulièrement, la référence 3 de ce livre (p.107), que nous avons pris connaissance de ce mémoire qui concorde tout à fait avec notre sujet sur la déportation au camp de Cassel de René Jadot. Nous avons retrouvé la trace de Mme Defossa qui, très aimablement, a accepté de nous communiquer son mémoire.
Nous reprenons ici les grandes ligne de son Résumé :
«Ce sujet (=du mémoire, note BF) appartient au processus de totalisation du premier conflit mondial. Celui-ci n’a pas uniquement touché les soldats. Les civils ont, eux aussi, fait partie de la réalité de la guerre.
… Nous avons tenté de décrire la manière dont les procédures de réquisition ont été vécues par la population namuroise. Nous nous sommes ensuite penchée sur les oppositions et les réactions qui se sont élevées face à ces déportations. Enfin, nous avons tenté d’établir le profil sociologique du déporté namurois.
Notre analyse nous a permis de mettre en évidence l’importance de ce type de déportations, leurs procédures ainsi que la manière dont elles ont été vécues tant sur le plan international que sur le plan national, régional ou local. Elle nous a également permis de confirmer l’arbitraire dans le choix des hommes à enlever et donc le caractère total de cette guerre où la «brutalization» des sociétés fut bel et bien présente.»
Mme Defossa a essentiellement exploité les listes de déportés namurois conservées à l’évêché de Namur, les Grands Cahiers des Archives générales du Royaume à Bruxelles ainsi que des dossiers constitués par le chanoine Jean Schmitz conservés aux Archives de l’Etat à Namur. Ce mémoire a constitué pour nous une aide précieuse notamment pour sa bibliographie très fournie, sa vision globale du conflit (suivant en cela l’école de Péronne), mais aussi sa portée provinciale dans la mesure où nous nous cantonnions à une étude très locale. Ce mémoire nous a grandement aidés à contextualiser nos propres recherches et à dégager les aspects originaux du carnet de René Jadot par rapport aux expériences d’autres déportés d’autres communes.

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