Soye – la poste et le service postal

En 1840, Soye compte 676 habitants répartis entre les sections de Soye, de Jodion et du Rissart. Le village est situé à 4.5 kms de Floreffe. En 1875, la population passe à 858 habitants.

La marque de boîte de levée pour Soye, s’il y en avait une, est inconnue.

En 1836[1], Soye est desservi au départ de Namur et ce, au moins jusqu’en 1842. Entre 1845 et 1848, cette commune relève de Spy et en 1848, passe à nouveau à Namur, situation qui durera au moins jusqu’en 1850. Avant le 15 juillet 1856, elle est desservie par Floreffe et passe ensuite dans le giron de Moustier. En 1865, Soye repasse à Floreffe et ce, au moins jusqu’en 1894. En 1896, deux boîtes aux lettres supplémentaires sont ajoutées : une au hameau de Jodion, l’autre au hameau du Rissart. Vers la fin du siècle, sans doute en 1899 date de création d’un dépôt relais à Franière, Soye est desservi par Franière.

En 1913, un dépôt auxiliaire est établi à Soye[2]. Suite au déclenchement de la Première Guerre mondiale, ce n’est qu’en 1919 que deux facteurs furent détachés du bureau de Franière pour assurer ce nouveau service . Il s’agissait de Joseph Marchal, de Soye (c’est chez lui que fut installé le bureau de poste) et Ferdinand Gilles, de Floreffe.

Dépôt-relais ouvert le 17 novembre 1920.

Soye (Namur) (Namen) en 1928.

Soye (Namur) en 1934

Halte motorisée le 1er août 1972.

[1] En 1836, sur proposition du bourgmestre, baron de Blommaert de Soye, le conseil communal fit placer une boîte aux lettres, non loin de la cure.

[2] Demande faite par le bureau de Franière et satisfaite grâce aux interventions du baron de Blommaert.

Le dépôt-relais de poste de Soye, établi au numéro 5 de l’Allée Verte, ferme définitivement ses portes le mardi 8 décembre 1992. Ci-dessous, un article extrait du journal Vers L’Avenir ainsi qu’une carte oblitérée à la date du 10 décembre 1992, dernier cachet apposé par le facteur Gérard MASSART, ancien conseiller communal de Soye et ensuite de Floreffe.

Les successeurs de Joseph Marchal et Ferdinand Gilles à la tête du bureau de Soye furent, dans l’ordre, Télesphore Gérard, Louis Leclercq et Gérard Massart.

Le premier bureau de Poste à Soye
 
Dans son ouvrage «Histoire de Soye», Louis Lessire précise notamment dans la rubrique consacrée au «Service des Postes et facteurs» (p.236-237): «… ce ne fut qu’en 1919 que deux facteurs du bureau de Franière furent détachés pour assurer le service du bureau auxiliaire de Soye: Joseph Marchal, de Soye, et Ferdinand Gilles, de Floreffe.… Le bureau de poste auxiliaire était établi rue Saint-Roch, dans l’ancienne maison de Marchal-Bourbois; en 1959, il fut transféré au bas de cette même rue dans la maison de Dinant-Bajart, où il se trouve encore.» (Ndlr: en 1969).
 
Présentées ainsi, les choses paraissent aller de soi… et pourtant, la lecture d’un jugement rendu en Justice de Paix du canton de Namur Nord le quatre mars 1921 nous révèle qu’il n’en fut rien. Quel était donc le problème ?
 
Pour rappel, Joseph Marchal, facteur des postes à Franière se voit détaché à Soye pour y tenir le bureau auxiliaire. Il habite la rue Saint-Roch, à une centaine de mètres des écoles, une maison spacieuse et facile d’accès au centre du village. Mais il y a un hic : de cette maison qu’il loue à sa belle-mère, Henriette Bajart, veuve Bourbois, il a sous-loué  une partie à Adolphine Dubois, veuve Jules Planard.
Qu’à cela ne tienne! Il fait signifier à celle-ci, par voie d’huissier, son expulsion du logement qu’elle occupe pour récupérer l’espace et le consacrer au nouveau bureau de poste. Sa belle-mère se joint à sa démarche et demande à la sous-locataire de bien vouloir quitter les lieux.
Cette dernière entend toutefois faire respecter ses droits et porte l’affaire en Justice de Paix à Namur. C’est ainsi que le couperet tombe le quatre mars 1921 : Joseph Marchal et sa belle-mère sont déboutés et condamnés à payer les frais du procès devant la Justice.
 
Comment le Juge de Paix en est-il arrivé à cette conclusion alors qu’il s’agit tout de même de mettre à disposition des habitants de Soye un service public de proximité que beaucoup sollicitent et de longue date ?
Tout d’abord, il met hors-jeu Mme Bourbois, la propriétaire, pour la raison qu’elle n’a aucun lien juridique avec la sous-locataire qui ne dépend que du locataire, Joseph Marchal. Et celui-ci, aux yeux du Juge, s’est mis lui-même dans la situation pénible où il dit se trouver : si son logement se trouve plus étriqué, n’est-ce pas en effet parce qu’il en a proposé une partie pour y abriter le bureau de Poste ?
Quant à la sous-locataire, le Juge rappelle les demandeurs au respect de la loi : les sous-locataires bénéficient des mêmes droits que les locataires …
Nous ignorons comment s’est finalement réglé ce contentieux mais nous inclinons à penser qu’une solution négociée, à l’amiable cette fois et non plus devant une instance judiciaire, aura permis de satisfaire toutes les parties.
Une chose est sûre : le bureau de poste a bien pris ses quartiers à la rue Saint-Roch, chez les époux  Marchal-Bourbois où il est resté jusqu’en 1959.

Exploit  de l’huissier Jules TRUSSART de Namur du 29 décembre 1920 enjoignant à la veuve Planard, négociante, de quitter les lieux qu’elle occupe pour le 15 juillet 1921 au plus tard.

Jugement de la Justice de Paix du canton de Namur Nord du 4 mars 1921 dûment enregistré le 18 mars 1921.

Nous reproduisons ci-dessous un extrait de l’affiliation de Joseph Marchal à une caisse d’assurance en sa qualité d’agent des postes du dépôt-relais de Soye.

A partir de 1959, le dépôt-relais se trouve rue de Spy. Les photos ci-dessous situent les emplacements actuels des bureaux de poste successifs.

Rue Saint-Roch, n° 29 (ancienne maison de Marchal-Bourbois), rue de Spy, n° 12 (ancienne maison Dinant-Bajart) à partir de 1959 et  Allée verte, n°5 (ancienne maison et menuiserie de Joseph Pieret) – photos prises en 2021.

Pour en savoir plus : Ferdinand Gilles

Aux pages 13 et 14 de son livre «Une enfance à Soye – L’hiver des prunelliers» publié en 1993 aux Éditions du Confluent (Edico) à Jambes, Joseph Bodson qui est né à Soye en 1942 évoque la figure du facteur Ferdinand Gilles :
«Ah oui, j’oubliais: au sortir du bois (BF: il s’agit du bois du Skerpia), juste avant l’étoile de chemins, au centre de cette sorte de toile d’araignée, une grosse maison, avec un poirier en espalier sur le pignon: celle de Ferdinand Gilles. Facteur du village pendant des années, et échevin, je crois, de l’Instruction Publique. Le plus brave homme du monde. Gentil, sociable, serviable, comme le sont tous les facteurs. Et, avec cela, scrupuleux, tout pénétré de son importance. Mais, quand venait le jour de l’an, sa tournée était singulièrement compliquée par les nombreux petits verres qu’il devait absorber. Jusque sur les dix heures, cela pouvait encore aller, il restait maître de son vélo; après cela, ce diable d’engin lui jouait des tours, ce n’était plus Ferdinand qui conduisait le vélo, mais le vélo qui conduisait Ferdinand. Passé midi, triomphe de l’ivresse: la femme de Ferdinand  – une petite boulotte, qui éternuait sans cesse, à la messe, le dimanche, et répondait au doux nom de Lila – prenait les rênes en main. C’était elle qui portait la casquette et la besace, et poussait le vélo , tandis que Ferdinand naviguait en zigzaguant cent mètres à l’arrière, noyé dans ses petits verres.    Après quoi il reprenait son existence réglée et régulière comme un métronome, sans se déranger le moins du monde. Il avait eu son jour de gloire.»

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