Franière – guerre 40-45 – un crash fantôme en 1945

Un crash fantôme? Peu s’en souviennent…et les traces dans les archives américaines sont rares. Même dans le journal des opérations du 25 février 1945 du 44th Bomb Group, 66th Bomb Squadron, auquel l’appareil appartenait, rien n’est mentionné concernant sa perte!

Le 25 février 1945, alors que la Belgique était libérée depuis presque six mois et que la Bataille des Ardennes s’était terminée à l’avantage des armées alliées, un bombardier américain B-24 Liberator s’écrasait à Franière.
Les forces américaines de bombardement stratégique étaient toujours stationnées en Angleterre et participaient à des raids au cœur de l’Allemagne. Ceux-ci avaient pour but d’anéantir l’industrie allemande et  de couper ainsi l’approvisionnement de l’armée en blindés, munitions, carburant,… mais aussi les voies de communications et les chemins de fer.

Le 25 février 1945, la gare de triage ferroviaire de Aschaffenburg, au sud-est de Frankfort-am-Main, est visée par un raid de 25 bombardiers B-24J du 44th. Bomb Group (14th Bombardement Wing) de la 8th US AIr Force. Ce Bomb Group est surnommé « The Flying Eightballs » ou la boule (de billard) numéro 8 volante. Sur la queue des appareils appartenant à ce Group est peinte la lettre A en blanc, dans un cercle noir.

Le B-24J #42-51258, surnommé BEVERLY JEAN par son équipage est de la partie au sein du 66th Squadron. Le code d’identification de ce dernier, au sein du Bomb Group, généralement peint sur le fuselage arrière de l’appareil, est QK.

Le raid du 25 février se passe bien et donne de très bons résultats selon les rapports d’actions du 44th Bomb Group. Le temps était clair, la cible bien dégagée, aucune DCA dans la zone de la cible et l’escorte des chasseurs alliés a parfaitement bien rempli son rôle. Tous les appareils rentrent sains et saufs à leur base. Tous, sauf un….qui s’écrase à Franière, par manque de carburant, comme nous le verrons plus loin, dans le récit d’un des deux mitrailleurs latéraux. En effet, l’avion semble avoir été touché par la DCA allemande sur le chemin du retour et avoir eu un de ses réservoirs de carburant endommagé. Le pilote a visiblement tenté d’atteindre Gosselies, mais en vain! .

Le tableau ci-dessous reprend la composition de l’équipage le 25 février 1945.

Nom, prénom Matricule Rôle au sein de l’équipage (EN) Rôle au sein de l’équipage (FR) Grade Lieux d’origine aux USA Notes
DERRICK, JAMES,V. ASN 0-721660 PILOT Pilote 1st Lieutenant Jacksboro, Texas Sauf
MEYERS, JOSEPH G. ASN T-128326 CO-PILOT Co-pilote Flight Officer Baltimore, Maryland Blessé au dos
THOMAS, ROGER J. ASN 0-2066074 NAVIGATOR Navigateur 2nd Lieutenant Wheaton, Illinois Blessé au cou
ANTHONY, ROBERT I. ASN 13141785 NOSE TURRET Mitrailleur tourelle avant S/Sergent Baltimore, Maryland Sauf
BROWN, CLARENCE J. ASN 32938216 ENGINEER Mécanicien-mitrailleur tourelle dorsale T/Sergent Wallingford, Vermont Jambe cassée
BROWN, HARRY R. ASN 19203793 RADIO OPERATOR Opérateur radio T/Sergent Long Beach, California Jambe cassée
HORTON, STARR W. ASN 34910189 WAIST GUNNER Mitrailleur latéral S/Sergent Miami Shores, Florida Sauf
STROH, DONALD,E. ASN 36822565 WAIST GUNNER Mitrailleur latéral S/Sergent Denver, Colorado Légèrement blessé
ANDRES, ROBERT J. ASN 36784563 TAIL TURRET Mitrailleur tourelle de queue S/Sergent Kildier, Illinois Sauf

Un B-24 avait un équipage de huit à dix hommes. Dans ce cas précis, il manque un homme, le bombardier. Sa tâche a probablement été reprise par un autre membre d’équipage, vraisemblablement le navigateur.

Témoignage du Sgt. Donald E. Stroh

“I always was under the impression that we ran out of gas while looking for an airfield at Charleroi in the fog, to set down in. But Lt. Meyers and navigator Lt. Thomas told me that we had been hit, (probably by flak) and we had lost fuel out of one engine. They had been transferring gas to the other three supply tanks in order not to lose all of it.”

« J’ai toujours eu l’impression que nous n’avions pas assez de fuel pour atteindre un aérodrome dans la région de Charleroi, dans le brouillard (NDLR : Gosselies). Cependant, le Lt. Meyers et le navigateur, le Lt. Thomas m’ont appris que nous avions été touchés (probablement par la flak) et que nous avions perdu du carburant sur un des moteurs. Ils ont transféré du fuel de ce réservoir vers les trois autres, histoire de ne pas tout perdre ». 

Témoignage du Co-pilot Joseph Meyers

Co-pilot Joseph Meyers added, “We were very close to an auxiliary landing field in Charleroi, Belgium, but did not have time to locate the field. So Lt. Derrick and I took the plane back up to 3,000 feet and we all jumped. I landed in an open field after believing that I was going to hit a wire fence, pulled the shrouds to miss the fence and landed hard. I was rescued from the very beautiful local girls by some GIs from an AA Station. On the way to town, we picked up other crewmembers and we all met at a local hospital where we were attended by American physicians.“

“I carried Harry Brown’s parachute as he was limping – his leg was broken. Upon the insistence of the physicians, I had to be X-rayed – walked into the X-ray room – and left on a stretcher and spent the next three months flat on my back and six more recuperating. Ended up in Plattsburg, New York, along with Clarence Brown and his badly broken leg. “Most of the crew returned to duty but did not fly again as a crew until 19 March. I was finished on this, my eighth one. Lt. Derrick continued flying till end of hostilities.”

« Nous étions vraiment très près d’un champ d’aviation secondaire à proximité de Charleroi, mais nous n’avons pas eu le temps de localiser le terrain en question. Le Lt. Derrick et moi avons remonté l’avion à 3000 pieds et nous avons tous sauté en parachute. J’ai atterri dans un champ, après avoir cru que j’allais heurter une clôture en fil barbelé. J’ai été recueilli par une très jolie beauté locale et par des GIs d’un poste de DCA. En nous rendant vers le ville (NDLR ou le village), nous avons récupéré les autres membres de l’équipage et nous nous sommes retrouvés dans un hôpital local, où nous avions été examinés par des médecins américains ». 

« J’ai récupéré le parachute de Harry Brown qui rampait sur le sol, car il avait une jambe cassée. Sur insistance des médecins, je suis passé aux rayons-X, et j’ai dû rester trois mois allongé et six mois de plus pour récupérer. J’ai été rapatrié à Plattsburg, New-York, avec Clarence Brown et sa jambe cassée. La plupart des membres d’équipage retournèrent au combat, mais ne volèrent plus ensemble en tant qu’équipage, jusqu’au 19 mars. Pour ma part, c’en était fini, après ma huitième mission. Le Lt. Derrick, lui, continua de voler jusqu’à la fin des hostilités ». 

Les huit photos de l’avion détruit, présentées ci-dessous, m’ont aimablement été transmises par monsieur Yves de RYCKEL. Elles font partie de la collection de PIERPONT- de RYCKEL et sont soumises à autorisation pour utilisation.

En arrière-plan de cette photo, à droite, le rocher Saint-Pierre.

En arrière-plan de cette photo, nous pouvons voir le site des fours à chaux de Franière, rue de Floreffe. La maison visible à l’avant-plan porte actuellement le numéro 50.
Les wagonnets remplis de gravier venaient du plateau d’extraction des rochers Saint-Pierre et traversaient la passerelle pour alimenter un broyeur qui transformait le gravier en calcaire poudreux qui entrait dans la composition du verre fabriqué à la glacerie proche. Les wagonnets servaient aussi à transporter du charbon vers les fours à chaux (explications Alain Denis).

La dame visible sur certaines photos est madame Limette de Kerkhove, du château de Taravisée.

Après bien des recherches et des tentatives de localisation, monsieur de RYCKEL, avec l’aide de Vincent PECRIAUX et via David CHAUSSEE, a réussi à localiser le site du crash, dans le terrain, derrière le calvaire, entre les rues de Trémouroux et Saint Pierre. La carte ci-dessous a été établie par monsieur de RYCKEL. La photo en médaillon le représente au volant de sa jeep, sur le site du crash (Coll. de RYCKEL – tous droits réservés).

Enfin, pour terminer, voici deux photos du bombardier B-24J #42-51258, en vol, avec un autre groupe de bombardement.

B-24J #42-51258 en vol avec le 492th Bomb Group (code U – non visible), 856th Bomb Squadron (code 5Z). La photo est prise le 6 août 1944, lors de la 65ème mission du groupe, avec comme cible la ville de Hambourg.

Le 492nd Bomb Group remplira sa dernière mission le 14 août 1944 et ses avions seront transférés au 44th Bomb Group (code A).

Tous mes remerciements à monsieur Yves de RYCKEL, pour m’avoir permis d’utiliser sa collection de photos et à l’équipe Bibliotheca Floreffia.

Hervé Legros, avril 2021.

3 Commentaires

  1. Anne Leblanc

    Bonjour,
    La nuit du 24 au 25 février 1945, la maison de mon père, alors enfant, a été détruite par une bombe venant d’un bombardier américain touché par l’armée allemande.
    Cette maison se trouvait à Moustier-sur-Sambre.
    Un petit garçon de deux ans a été tué.
    Votre récit correspond donc à cette histoire familiale.
    Est-il possible d’avoir plus d’informations sur les dégâts provoqués avant que l’avion ne s’écrase à Floreffe ?
    Merci.

    Réponse
    • Bibliotheca Floreffia

      Merci pour votre commentaire.
      Voilà une histoire effectivement bien triste.
      Je n’ai, malheureusement, pas d’information complémentaire à vous apporter. Je n’ai rien lu sur le sujet lors de mes recherches.
      Voici cependant quelques considérations.
      L’avion revenait d’une mission de bombardement sur l’Allemagne; logiquement, la soute à bombes devait être vide.
      Par contre, dans ces situations de ‘crash’ imminent, le pilote peut décrire des cercles concentriques pour essayer de trouver un endroit ad hoc pour que l’avion s’écrase sans faire de victimes. Si d’aventure, une bombe était restée coincée dans le mécanisme de largage, il se peut que l’équipage ait largué la bombe pour éviter une explosion trop importante lors du crash.
      Mais, je le répète, tout ceci n’est que pure conjecture.
      L’équipe Bibliotheca Floreffia.

      Réponse
      • Anne Leblanc

        Merci pour votre réponse qui m’éclaire déjà beaucoup.
        Je vais continuer mes recherches.
        Si j’ai des informations plus précises, je vous tiendrai au courant.

        Réponse

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