La conclusion de Bibliotheca Floreffia et bibliographie

Nous avons relevé, pour Floriffoux, dix-neuf appelés dont deux, Jacques Reclercq et Pierre-Joseph Stache, sont repris comme remplaçants volontaires, respectivement de Jean-Clément Beaufays, conscrit de l’an XII, de Malonne, et de Jean Trussart, conscrit de la classe 1813, de Spy.
Il convient de noter également les situations particulières suivantes :
Delahaut Clément-Joseph, conscrit de l’an IX, désigné pour la réserve, dont on ignore s’il a servi;

Denis Jean-Martin, conscrit 1808, d’abord ajourné puis désigné le 14/4/1808 pour la 4e Légion à Versailles, non parti mais désigné à nouveau le 1/9/1810 pour la Compagnie de réserve à Namur où il a été incorporé ;

Vincent François-Joseph, conscrit 1810, placé fin de dépôt puis désigné pour la levée extraordinaire de 1813, dirigé sur le dépôt de Metz et fuyard en route le 17/11/1813, doit se représenter à Namur pour être reconduit à son corps sinon la force armée sera dirigée contre lui. On ignore ce qu’il en est advenu …

A. La proportion des jeunes gens appelés sous les armes.

Tenant compte de ce qui précède (deux appelés sont en fait des remplaçants volontaires), nous constatons – comme ce fut le cas pour Soye-Jodion- que sur une période de dix-sept années, l’incorporation de dix-sept jeunes hommes ne constitue pas une véritable saignée au vu de l’étalement de ces incorporations.
Ainsi, on recense en 1800, 1804, 1805, 1808, 1810, 1814 : une recrue/an; En 1812, deux recrues et trois recrues pour chacune des années 1809, 1811 et 1813.
On compta donc sept années sans aucune incorporation.
La population de Floriffoux en 1801 s’élevait à 225 habitants (chiffre cité par Jean Evariste).
L’effort de guerre exigé des jeunes hommes en âge de porter les armes sera sans commune mesure avec celui consenti un siècle plus tard, en 1914 (il ira jusqu’à 10% de la population).

B. Les victimes

1. Décès.
Un seul décès est clairement renseigné, celui de Jean-Joseph Mottiaux, conscrit de l’an XIV (1805) : il participe à la prise de Trieste en 1806, entre le 14/12/1806 à l’hôpital Saint-Sylvestre de Vicence où il décède le 1er mars 1807 par suite de fièvre. Son extrait mortuaire sera envoyé à Floriffoux le 27 mars 1813.

2. Blessés.
1) Alexandre-Joseph Stache, conscrit de l’an XIII (1804) : blessé le 14 octobre 1806 à la bataille d’Iéna, il sera réformé le 16 mars 1808.
2) Reclercq Jacques, conscrit 2e classe de l’an VII (1807), remplaçant Jean-Clément Beaufays, de Malonne : blessé d’un coup de feu à la jambe le 6 avril 1809 à la bataille de Wagram, il est évacué sur l’hôpital d’où il sort le 17 mai 1810. Il part ensuite le onze août 1810 avec solde de retraite. Il épousera à Floriffoux le 26 juillet 1811 Marie-Thérèse Deprès, née à Floreffe le 26 septembre 1790.

3. Disparus.
1) Augustin Blavier, conscrit 1811 : présumé mort ou prisonnier de guerre en Russie, il est rayé des contrôles le 1er avril 1815.
2) François-Joseph Fize, conscrit 1812 : entré le six février 1813 à l’hôpital de Stettin et probablement resté aux mains de l’ennemi à la reddition de la ville le cinq décembre 1813 après neuf mois de siège, il sera rayé des contrôles le 1er juin 1814.
3) Jean-Baptiste Mottiaux, conscrit 1813 : il participe à la bataille de Dresde le 26 août 1813 et est renseigné comme resté en arrière le trois octobre 1813. Il sera rayé des contrôles le trente novembre 1813.
4) Pierre-Joseph Stache, conscrit 1811, placé au dépôt par le sort, ayant un frère réformé pour blessures reçues au service (voir ci-dessus 2/1) et remplaçant Jean Trussart de Spy : il est hospitalisé le quatre août 1813 et rayé des contrôles le onze novembre 1813.
5) Guillaume-Joseph Vincent, conscrit 1813 : hospitalisé (en France ?) le 21 mars 1814 et rayé des contrôles le 26 juin 1814.

Le nombre élevé des disparus (plus de 25 %) dont on peut penser que certains ont pu regagner leurs foyers, ne permet pas de tirer des conclusions définitives concernant les pertes humaines de cette période à Floriffoux.

C. Les théâtres d’opérations.

Comme leurs voisins de Soye-Jodion, les appelés ou volontaires de Floriffoux auront parcouru de nombreux pays d’Europe : de l’Espagne à la Russie, en passant par l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, l’Italie du Nord sans oublier la bataille de France en 1814.
Nul doute que les vétérans rentrés au pays auront captivé leurs petits-enfants au long des soirées d’hiver, par les récits de leurs exploits et de ceux de la Grande Armée : la Moskova, Stettin, Dresde, Iéna, Lutzen, Bautzen, Leipzig, Vicence, Porcia, Montebello, Raab, Wagram, Montmirail et combien d’autres, en suivant celui que les grognards («Ils grognaient tout le temps mais ils marchaient toujours») surnommaient familièrement le Petit Caporal.
Nous mentionnerons en particulier pour leur parcours militaire deux conscrits, Jean-Martin Namur et Bauduin-Joseph Reclercq, conscrits de 1809, embarqués tous deux dans la 6ème Division de péniches garde-côtes et ensuite, le 24 juillet 1809, sur la frégate l’Astrée en mer le treize janvier 1810, avant d’être affectés à l’armée d’observation de la Gironde et enfin, de rejoindre l’armée d’Espagne.
L’histoire ne dit pas s’ils avaient une prédisposition pour la Marine ou si ce fut, tout simplement, le hasard des affectations militaires…

D. L’esprit de résistance.

Les cas de résistance à l’incorporation sont sensiblement moins nombreux à Floriffoux qu’à Soye-Jodion sans que nous n’ayons d’explications à fournir à ce sujet.
Ainsi, le seul réfractaire connu pour avoir cherché à tricher sur son état de santé est Jean-Baptiste Autelet, conscrit 1814, finalement incorporé le trois avril 1813 comme fusilier dans la Compagnie spéciale (disciplinaire ?) du 131e de Ligne.
Il avait demandé la réforme pour mauvais pieds et gonflement des bourses mais il fut noté capable de servir et envoyé au dépôt des réfractaires pour s’être appliqué dès vésicatoires aux plantes des pieds.
Jean-Baptiste Bourotte, conscrit 1812, rentra dans les rangs le cinq décembre 1812 après avoir déserté six mois plus tôt, le quinze juin. Il fut absous par jugement contradictoire et rejoignit l’armée en Allemagne.
Jean-Joseph Franco (conscrit 1809) quant à lui, partit au service sous escorte de la gendarmerie, ce qui laisse supposer que ses supérieurs n’étaient pas convaincus de son enthousiasme à endosser l’uniforme… Pourtant, il fit preuve de bravoure dans les campagnes d’Espagne et ensuite, d’Allemagne et fut décoré de la médaille de Sainte-Hélène avant de décéder à Floriffoux le quatre janvier 1877.
Enfin, François-Joseph Vincent, conscrit 1810 mais désigné pour la levée extraordinaire de 1813, fut déclaré fuyard en route le 17 novembre 1813. Il devait se représenter à Namur pour être reconduit à son corps sinon la force armée serait dirigée contre lui.
Mais cinq mois plus tard, Napoléon avait abdiqué et partait en exil pour l’île d’Elbe…
On ne sait ce qu’il advint de lui mais il fut, semble-t-il, le seul appelé de Floriffoux à ne jamais endosser l’uniforme de l’armée française.

Le cinq mai 2021 verra la commémoration du bicentenaire de la mort de l’Empereur Napoléon et dès à présent, de nombreuses expositions en rapport avec cet événement sont proposées à la curiosité de nos concitoyens (à Paris, Liège, Ligny et Waterloo notamment).
Dans notre région, les marches folkloriques de l’Entre Sambre et Meuse rappellent chaque année cette période de notre histoire où nous étions Français.
S’il est indéniable que Napoléon est un personnage exceptionnel et hors du commun,
nous ne pouvons oublier cependant les milliers de jeunes gens enlevés à leurs foyers et les trop nombreuses victimes innocentes de ces guerres qui ne les concernaient pas.

Uniformes des armées européennes entre 1800 et 1815.

André Bodson et l’équipe de Bibliotheca Floreffia

Bibliographie

Blond Georges : La Grande Armée (Édit.Robert Laffont, 1979)
Damamme Jean-Claude : Les soldats de la Grande Armée (Collection Tempus, 2008)
Drévillon Hervé, Fonck Bertrand et Roucaud Michel: Guerres et armées napoléoniennes : nouveaux regards, éditions Nouveau Monde, coll. Chronos, 2020.
Evariste Jean : Département de Sambre et Meuse – Militaires sous la République, le Consulat et l’Empire. Cantons de Namur Nord et de Namur Sud (Namur non compris)          (Société d’archéologie et d’histoire du Florennois ASBL, édit. Jean Evariste, 2013)
Facon Patrick, Grimaud Renée, Pernot François : Les plus belles victoires de Napoléon (Edit.Atlas, 2003)
Forrest Alan : Déserteurs et insoumis sous la Révolution et l’Empire (Édit.Perrin, 1988)
Hasquin Hervé : La Belgique française, 1792-1815 (Conception et direction scientifique d’Hervé Hasquin (Édit. Crédit communal, 1993)
Maurois André : Napoléon (Édit.Hachette, 1964)
Pirenne Henri : Histoire de Belgique (La Renaissance du Livre, 3e tome, 1950)
Rothenberg Gunther E. : Atlas des guerres napoléoniennes (Édit.Autrement, 2000)
Scheltens Colonel : Souvenirs d’un grognard belge (comprenant une introduction historique par le vicomte Charles Terlinden – Edit. Charles Dessart, s.d.)
Tassier Suzanne : Histoire de la Belgique sous l’occupation française en 1792 et 1793 (Librairie Falk Fils, 1934)
Tulard Jean : Napoléon, Arthème Fayard, coll. Pluriel, 2021.
Verhaegen Paul : La Belgique sous la domination française 1792-1814 (Édit.Goemaere, trois tomes, 1924-1926)

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