Soye – Jumelage : une occasion manquée

En parcourant le registre des délibérations du Conseil communal de Soye de l’année 1958, nous découvrons – avec amusement, pourquoi le cacher? – ce petit joyau que n’aurait pas dédaigné Arthur Masson pour son Toine Culot, maïeur de Trignolles :

Remettons tout d’abord cette décision dans son contexte de 1958, année de l’exposition universelle de Bruxelles mais aussi, année électorale pour les communes de Belgique.
L’exposition universelle, voilà donc le prétexte choisi par le Commissaire d’arrondissement de Namur pour inciter les communes de son ressort administratif à réaliser un «jumelage avec une commune d’un département français».
Pour être inhabituelle, cette démarche n’est toutefois pas exceptionnelle. Ainsi, en France, par exemple, le général de Gaulle encouragera vivement les mairies à jumeler avec une commune allemande dans le cadre de la réconciliation entre Paris et Berlin.
Chez nous, en l’occurrence, il ne s’agit que de rapprocher nos deux pays par des échanges structurés, organisés et pris en charge à l’échelon local à une époque où les voyages à l’étranger n’étaient pas monnaie courante.
1958, année électorale pour les communes de Belgique. La majorité en place au Conseil communal de Soye est composée de quatre élus socialistes – dont le bourgmestre René Robeaux – et de trois conseillers catholiques. Chaque mandataire désireux de se présenter à nouveau aux suffrages des électeurs aura à cœur de démontrer qu’il est le meilleur gestionnaire et donc, le plus attentif à économiser les ressources financières de sa commune. D’autant plus que Soye est repris comme étant une des dix plus pauvres de la Province de Namur.
Dans ce contexte, est-il judicieux d’investir des fonds dans une opération de jumelage alors qu’on peine à entretenir correctement sa voirie?  Chacun fait son choix et l’unanimité se dégage rapidement autour de la table du Conseil: ce sera non. Outre le fait que ce soit une année électorale, les «bonnes» raisons ne manquent d’ailleurs pas pour justifier ce refus aux yeux de l’autorité. Qu’on en juge:
L’état de la voirie est généralement déplorable, relève-t-on. Sans nul doute, cette motivation est fondée: plusieurs rues du village ont encore un revêtement en terre battue et en cailloux mais la circulation des voitures n’est en rien comparable à celle que nous connaissons aujourd’hui. Les propriétaires d’automobiles se comptent sur les doigts des deux mains … Mais, ceci dit, l’état des voiries communales est-il plus brillant dans les villages de la France profonde?
Quant au secteur Horeca (hôtels, restaurants, cafés), il est exact qu’il laisse aussi à désirer. Aucun hôtel, en effet, ni aucun restaurant. Il y a bien le café de la Place de l’Europe, chez Joseph Herquin (chez l’Quin) ou «chez Georgine» (Gillain). L’ambiance y est sans conteste sympathique, chaleureuse, mais il faut bien reconnaître que les habitués préfèrent boire leur bière directement au goulot de la bouteille plutôt qu’au verre … dont la propreté n’est pas la qualité principale!
«Aucun site n’est digne d’intérêt»! Voilà un argument qui devrait heurter aujourd’hui plus d’un Soyen, qu’il soit de souche ou non. C’est en effet ignorer son ensemble architectural que constituent l’église, la ferme et le château. Celui-ci ne fut en tout cas pas jugé sans intérêt par le Grand Dauphin, fils aîné de Louis XIV, puisqu’il y descendit loger en 1692 à l’occasion du siège de Namur.

Le quartier de Jodion avec sa chapelle Saint-Martin classée et la ferme imposante qui la jouxte ainsi que ses paysages où alternent les bois et les cultures ne manquent certes  pas d’attrait et apportent un démenti formel à cette assertion du Conseil communal.

Restent l’argument des finances communales. La commune de Soye en 1958 compte environ 850 habitants  mais, dépourvue d’industries contrairement  par exemple, à sa voisine, Franière, et sa Glacerie, sans ressources financières autres que celles des contribuables locaux, elle tirait le diable par la queue.
La conclusion des Conseillers est donc sans appel: sans argent, sans attrait ou hébergement touristique, Soye n’a pas vocation à un jumelage avec une commune française. Mieux vaut dès lors suggérer de se tourner vers les voisins plus favorisés comme Franière, Floreffe ou encore, Spy …
L’histoire ne nous dit pas quelle fut la réaction du Commissaire d’arrondissement au reçu de cette délibération quelque peu saugrenue. En effet, alors que généralement, chaque ville ou village tend à vanter ses attraits, Soye, de manière atypique, avait fait le choix contraire, celui de se dévaloriser …
D’autres communes voisines  à l’exemple de Spy avec Gevrey-Chambertin, Temploux avec Saint-Fargeau-Ponthierry ou encore Mazy avec Marsannay-la-Côte jumelèrent bel et bien en 1958.

  Source : Temploux Infos n°248 d’août 2008

André BODSON et l’équipe Bibliotheca Floreffia

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