La conclusion de Bibliotheca Floreffia et bibliographie

L’examen des documents et parcours militaires de nos dix-huit appelés (plus précisément dix-sept puisque l’un d’eux, François Mothiaux, est repris comme enrôlé volontaire de Soye et Jodion, entre l’an VII (1798) et 1814, nous amène à émettre quelques réflexions.

A. La proportion des jeunes gens appelés sous les armes.
Nous observons tout d’abord que, sur une période de dix-sept années, si l’incorporation de dix-huit jeunes gens n’est pas négligeable, elle ne constitue pas non plus ce qu’on pourrait qualifier de véritable saignée. Cela est d’autant plus vrai que ces départs à l’armée sont étalés de manière assez égale dans le temps.
Qu’on en juge: en 1800, 1803, 1807, 1810 et 1814:  une recrue;
en 1805, 1808, 1809, 1811, 1812 et 1813 : deux recrues
Il n’y eut donc pas d’appelés chaque année, mais onze fois sur dix-sept ans.
Rappelons que la population de Soye et Jodion comptait en 1801, selon Jean Evariste, 397 habitants et en 1808, selon Louis Lessire, seulement 362 habitants (Histoire de Soye).
L’effort de guerre exigé des jeunes hommes en âge de porter les armes sera beaucoup plus important un siècle plus tard, en 1914.

B. Les victimes.
Nous relevons que sont renseignés deux décès survenus en service.
Le premier, en 1798 à Vilvorde, ne devrait pas être attribué à des faits de guerre, tandis que le second, enregistré le 5/2/1811 à l’hôpital Saint-Pierre (extra muros) de Pampelune (Espagne), fait suite à une admission dans cet hôpital le 16/11/1810 et est consécutif à la fièvre (voir extrait mortuaire).
Enfin, un doute subsiste quant au sort de Jean-Joseph Depré qui est renseigné comme «resté en arrière dans la retraite de Russie»; nous en concluons qu’il est porté disparu et vraisemblablement décédé, mais sans certitude à défaut d’acte officiel de décès.

C. Les théâtres d’opérations.
Nos concitoyens de Jodion et de Soye auront parcouru l’Europe entière depuis l’Espagne jusqu’à la Russie en passant par l’Autriche, l’Allemagne, la Hollande et l’Italie : un tour d’Europe en quelque sorte.
Plusieurs d’entre eux auront participé à ces batailles célèbres que rapportent les manuels d’histoire comme Wagram, la Moskova, Leipzig, Bautzen, Arcis-sur-Aube, Paris, …

D. L’esprit de résistance.
Mais ce qui reste le fait le plus marquant de cette période de notre histoire est le grand nombre de défections des soldats “malgré eux”, qu’ils soient réfractaires (3), fuyards en route (1) ou déserteurs (3). Ainsi, sur les dix-sept appelés sous les armes, sept cas de fuites ou tentatives de fuites devant les obligations militaires ont été recensés : cela représente 40%!
Les poursuites ordonnées par le Préfet du département de Sambre et Meuse et menées vigoureusement par les gendarmes, les mesures de rétorsion à l’encontre des parents, les lourdes condamnations prononcées (cinq ans de fers ou de travaux publics plus une amende de 1 500frs), ne paraissent pas toujours avoir eu les effets escomptés.
Certains viendront à résipiscence et les juges militaires seront généralement cléments, préférant renvoyer ces récalcitrants rejoindre les rangs que les maintenir en prison.

Le cinq mai 2021 verra la commémoration du bicentenaire de la mort de l’Empereur Napoléon et dès à présent, de nombreuses expositions en rapport avec cet événement sont proposées à la curiosité de nos concitoyens (à Paris, Liège, Ligny et Waterloo notamment). Dans notre région, les marches folkloriques de l’Entre Sambre et Meuse rappellent chaque année cette période de notre histoire où nous étions Français. S’il est indéniable que Napoléon est un personnage exceptionnel et hors du commun,
nous ne pouvons oublier cependant les milliers de jeunes gens enlevés à leurs foyers et les trop nombreuses victimes innocentes de ces guerres qui ne les concernaient pas.

Uniformes des armées européennes entre 1800 et 1815.

André Bodson et l’équipe de Bibliotheca Floreffia

Bibliographie

Blond Georges : La Grande Armée (Édit.Robert Laffont, 1979)
Damamme Jean-Claude : Les soldats de la Grande Armée (Collection Tempus, 2008)
Drévillon Hervé, Fonck Bertrand et Roucaud Michel: Guerres et armées napoléoniennes : nouveaux regards, éditions Nouveau Monde, coll. Chronos, 2020.
Evariste Jean : Département de Sambre et Meuse – Militaires sous la République, le Consulat et l’Empire. Cantons de Namur Nord et de Namur Sud (Namur non compris)          (Société d’archéologie et d’histoire du Florennois ASBL, édit. Jean Evariste, 2013)
Facon Patrick, Grimaud Renée, Pernot François : Les plus belles victoires de Napoléon (Edit.Atlas, 2003)
Forrest Alan : Déserteurs et insoumis sous la Révolution et l’Empire (Édit.Perrin, 1988)
Hasquin Hervé : La Belgique française, 1792-1815 (Conception et direction scientifique d’Hervé Hasquin (Édit. Crédit communal, 1993)
Maurois André : Napoléon (Édit.Hachette, 1964)
Pirenne Henri : Histoire de Belgique (La Renaissance du Livre, 3e tome, 1950)
Rothenberg Gunther E. : Atlas des guerres napoléoniennes (Édit.Autrement, 2000)
Scheltens Colonel : Souvenirs d’un grognard belge (comprenant une introduction historique par le vicomte Charles Terlinden – Edit. Charles Dessart, s.d.)
Tassier Suzanne : Histoire de la Belgique sous l’occupation française en 1792 et 1793 (Librairie Falk Fils, 1934)
Tulard Jean : Napoléon, Arthème Fayard, coll. Pluriel, 2021.
Verhaegen Paul : La Belgique sous la domination française 1792-1814 (Édit.Goemaere, trois tomes, 1924-1926)

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