Floreffe – Une île à Floreffe – René FRANÇOIS
En consultant le dossier des dommages de guerre résultant du dynamitage du pont de Mauditienne le 15 mai 1940 par l’armée française et de la chute d’un V1 le 8 mars 1945, il ressort que quatre immeubles jumelés situés au lieu-dit ‘’l’île de Mauditienne’’ ont été endommagés. Ces maisons implantées perpendiculairement au lit rectifié de la Sambre étaient occupées par les membres d’une même famille, les sœurs Remy : Marie, Emilie, Elise et Orphina, dont la maison fut rachetée, à son décès, par Florent François.
La plus proche du chemin de halage au n° 1, endommagée par le dynamitage de 1940 et la chute du V1 appartenait à Marie Remy, épouse d’Edgard Bourgeois, batelier.
Conjointement, les trois autres demeures se succèdent, la deuxième hébergeait Emilie épouse Charles François également batelier, grand-père de René François.
Florent François, Lucienne Massart son épouse, et la grand-mère Mathilde occupent le n° 3 ainsi que leurs jeunes enfants Charles et René, né en mai 1942. Lors de la chute du V1, celui-ci sera retrouvé dans sa chambre, recouvert de gravats. Elise Remy épouse de Fernand Charlier habitait, quant à elle au n° 4, en bout de rangée.
Le 8 mars 1945, l’explosion d’un V1 tombé en bord de Sambre fait voler en éclat les vitres des habitations jusqu’au centre du village et endommage cette fois plus sérieusement les quatre maisons « Remy ». La maison la plus proche de la Sambre figure sur la photo présentée dans la galerie ci-dessous. Florent François réside dans l’avant-dernière demeure pour laquelle nous vous présentons quelques extraits du dossier de dommages de guerre (9.020.026) ainsi qu’ en fin d’article celui d’Elise.
Différents experts sont désignés par le Ministère de la reconstruction pour évaluer le coût des dégâts occasionnés par les deux sinistres.
Pont de Mauditienne détruit le 15 mai 1940 par le Génie français.
Maisons endommagées ‘sur l’île’
Photo d’illustration de la chute d’un V1
Dès octobre 1941, l’architecte-géomètre Lapière avait établi un devis descriptif et estimatif sur base de la valeur des biens arrêtée en août 1939, des dégâts relatifs au sautage du pont de 1940. En conséquence, l’habitation avait fait l’objet de réparations.
Ci-dessous, le lecteur intéressé trouvera la déclaration faite à l’administration, le devis pour les réparations ainsi qu’une liste d’objets disparus en 1940.
Avec la chute du V1, les documents consultés précisent que cette habitation avait, en quelque sorte, reçu le coup de grâce. Un autre expert-géomètre juré, M. Piérard-Many est désigné dans le cadre des dommages de mars 1945. Dans un récapitulatif, l’estimation du montant total des dommages subis par Florent François s’élève à la somme de 52.306,70 fb. Il est mentionné que vu la destruction du pont, il faut tenir compte des difficultés d’accès pour évacuer les gravats et autres déchets, de même qu’amener les matériaux nécessaires à la reconstruction. La solution retenue consiste à utiliser une barque pour traverser la Sambre et rejoindre le centre de Floreffe ; le prix du charroi est estimé à 3.200 fb.
Transport de marchandises sur la barque ‘Albert’ à Mauditienne
En mai 1946, les documents établis sont validés et contresignés par MM. Piérard et François. Suite aux dégâts inhérents à la chute du V1, arguant de l’état délabré de la maison, de l’humidité et de l’attente d’une décision pour l’octroi de dédommagements, Florent et sa petite famille trouvent refuge successivement dans différentes habitations de Floreffe: rue Riverre, rue des Déportés face à la boucherie Gillain, le premier juillet 1947 rue du Carmel à l’Institut du docteur Kasin et en dernier lieu, rue Auguste Renard.
Après huit mois environ, la famille François est invitée à quitter les lieux pour le vingt-huit mars 1948, à Pâques.
Pendant ce temps, Florent François recherche une solution et se tourne vers l’achat d’une maison à Sclayn vu la possible destruction de la maison familiale endommagée à deux reprises.
Une seconde fois, le cinq février 1948, il demande au Ministre de la reconstruction l’autorisation d’acheter une maison. Une annotation ‘’examen bienveillant’’ est apposée sur la lettre par M. Mottard, directeur provincial et membre du cabinet du Ministre. Le vingt-cinq février, dans une lettre adressée à celui-ci, il signale une possibilité d’acquérir une maison à Ham-sur-Sambre vu que celle visée à Sclayn n’est plus d’actualité selon Mme Dubart, directrice de l’Institut Kaisin qui signale la demande tardive et par conséquent obsolète.
Le dix mars 1948, un courrier du directeur provincial autorise l’achat de la maison de Ham-sur-Sambre. Mais suite à une ultime visite le douze mai 1948 et un examen approfondi du dossier, le contrôleur provincial, Marcel Goche, refuse la destruction de la maison de Mauditienne et impose la reconstruction de celle-ci, au grand dam du propriétaire.
Les travaux sont initiés quelques mois après comme en témoigne la facture d’Auguste Filée, un artisan floreffois, reproduite ci-dessous. En 1950, alors qu’une passerelle provisoire enjambe enfin la Sambre, la famille François quitte le domicile de la rue Auguste Renard et retrouve sa maison paternelle.
Courrier au Ministre
Courrier au gestionnaire de dossier
Décision de l’administration
Contre-expertise
Facture du Floreffois Auguste Filée pour compte de la reconstruction de la maison de Florent François.
Ci-dessous, le devis complet réalisé par le géomètre juré Piérard-Many pour le compte de Florent François.
Ci-dessous, le devis complet réalisé par le géomètre juré Piérard-Many pour le compte de Elise Remy.
Michel Barbier et l’équipe Bibliotheca Floreffia, avril 2026.
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