Obstacles Cointet
A Floriffoux, à l’intersection des rues de Frégimont et Sainte Gertrude, nous pouvons découvrir trois structures de forme cylindrique en métal et béton, perdues dans un talus et une prairie.
Celles-ci sont des témoins silencieux, anonymes et oubliés des tragiques évènements de mai 1940.
Au n° 12 de la rue Sainte Gertrude habite depuis 1962 la famille Hennuzet. Monsieur étant décédé il y a quelques années, (NDLR texte écrit en 2025), sa veuve âgée de 82 ans se souvient.
« À l’époque où nous avons acheté la maison, la nationale n’existait pas, et sauf un chemin de campagne qui repartait vers le Moncia, la rue Sainte Gertrude se continuait vers le Marbais et les Fonds de Floreffe. Peu avant la rue de Frégimont et dérivait en grimpant vers les Comognes de Flawinnes. C’est à cette époque que le génie de l’armée Belge vint pour enlever les bornes Cointet, installées depuis les années ‘30. La proximité des habitations ne permis pas de les enlever toutes, car le dynamitage nécessaire était un risque pour les maisons. Au n°12, propriété des Hennuzet, on enleva 2 bornes entre l’habitation et la grange, et une autre en vis à vis de la borne du coin de la ruelle «Grand Saule» et dans son prolongement. Une autre fut enlevée perpendiculairement à la grange, tandis que celle tapie contre celle-ci était laissée sauve pour la postérité. Le propriétaire actuel, y a laissé pousser une végétation envahissante qu’il a le soin de tailler, recréant la forme de cette défense miliaire ».
Propos recueillis par Jean-Claude Leroy, novembre 2025.
Ces bornes et donc les barrières qu’elles soutenaient faisaient partie de la défense rapprochée du fort de Malonne, faisant partie de la position fortifiée de Namur. En analysant les archives de l’ancienne commune de Floriffoux et celles conservées au Cinquantenaire, nous savons que dès 1939 des travaux sont entrepris par la Défense Nationale (1ère direction du Génie et des fortifications) pour implanter à Floriffoux des tranchées, des réseaux de fils de fer barbelés, des réseaux téléphoniques souterrains et d’autres travaux de terrassement. Des procès-verbaux d’états des lieux sont d’ailleurs établis avec les propriétaires de terrains concernés par ces travaux, en vue d’une indemnisation.
Ces bornes servaient de point d’ancrage des barrières antichars dites ‘Cointet’. L’élément Cointet, également nommé « élément C », ou « porte belge » par les Anglo-Américains, a été inventé par le général français Léon Edmond de Cointet de Fillain en 1933 et amélioré, quelques années plus tard, par l’armée belge qui y ajouta huit cornières verticales empêchant le passage des fantassins. Il a la forme d’une herse métallique mobile mesurant trois mètres de large sur 2,5 mètres de haut et pesant 1300 kg. Il repose sur trois rouleaux creux en acier galvanisé, deux à axe fixe à l’avant et un à axe pivotant à l’arrière. Des tiges métalliques permettent de relier les éléments les uns aux autres et de constituer ainsi une barrière antichars continue, sans limite de longueur. Quatre câbles de 37 (2), 102 et 204 cm relient également les éléments. A chaque route, ceux-ci sont attachés à des bornes d’amarrage au moyen d’élingues en acier afin de pouvoir les faire pivoter sur leurs rouleaux et d’ainsi laisser passer la circulation. Il en va de même à hauteur des ponts ou des talus trop pentus.
Assemblage d’éléments Cointet dans la boue de l’hiver 1939-1940. On voit ici la partie arrière de l’élément, avec le rouleau de direction ayant pivoté à 90° (photo publiée sur lignekw.blogspot.com).
On estime que près de 70.000 exemplaires ont été construits, sur commande de l’armée, par plusieurs sociétés métallurgiques belges. Le dix mai 1940, les pièces déjà fournies par l’industrie, mises bout à bout, représentaient une longueur de 221 kilomètres.
Les Allemands démontèrent les éléments Cointet en 1942 pour les réemployer, en majeure partie, sur la côte occidentale de la France afin de renforcer leur système de défense face aux Alliés (Mur de l’Atlantique). Revanche sur l’histoire, à l’été 1944, l’armée américaine utilisera les éléments Cointet disponibles en grand nombre sur les plages françaises pour mener à bien la « bataille des haies » en soudant, à l’avant de ses chars, des lames d’acier qu’ils y avaient préalablement découpées. Celles-ci permettaient d’éventrer la levée de terre à la base de la haie et évitaient au char d’élever son avant et de s’exposer ainsi aux armes antichars allemandes. Il s’agit du dispositif « Culin » (du nom de son inventeur, le Sergent Curtis G. Culin).
Ce dispositif pouvait être complété par des rails ou des tétraèdres (pyramides métalliques mobiles). Il y avait un type léger pesant environ 190 kg et un type lourd pesant près de 500 kg et rempli de béton. Ils sont bétonnés dans le sol et boulonnés entre eux. Installés sur des terrains secs (crêtes), ils peuvent être reliés par câbles à des éléments Cointet. Les rails métalliques, fixés dans le sol jusqu’à deux mètres de profondeur, étaient souvent placés sur des rangs de cinq. Parfois, ils renforçaient les lignes de tétraèdres.
Texte et images extraits de : LA BARRIÈRE ANTICHAR DE 1940 A TRAVERS L’ENTITE DE PERWEZ, 2018, disponible au Musée du Souvenir de Malèves ou au Cercle historique de Perwez.
Ci-dessous, deux croquis des barrières Cointet, établis par les Belges et les Allemands. Le troisième schéma explique le fonctionnement de l’obstacle.
Les deux panneaux ci-dessous sont visibles au Musée du Souvenir de Malèves-Sainte-Marie, ainsi qu’une borne d’amarrage et une barrière Cointet (ces images ne peuvent être utilisées sans l’accord écrit du conservateur du musée).
A Floriffoux, une quarantaine d’habitants ont été impactés par la mise en place par l’armée de différents moyens de défense. A chaque fois, un état des lieux est réalisé par le Ministère de la Défense nationale, service des fortifications, 1ère division de génie et des fortifications. Après la campagne de mai 1940, l’autorité allemande d’occupation a promulgué une ordonnance en vue du recensement et de l’enlèvement des fils de fer barbelés et autres obstacles militaires. Un dédommagement est également prévu pour les personnes concernées.
Pour être complet, Bibliotheca Floreffia vous présente un extrait des archives communales de Floriffoux et du Cinquantenaire.
Bibliotheca Floreffia Janvier 2026
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