Floreffe – Ecole primaire libre – Classe de neige – 1967

Au détour d’une conversation, Camille Wilmet évoque devant moi son séjour à Maloja, destination bien connue de bon nombre de jeunes Belges à la découverte des Alpes et de ses pentes enneigées. Je lui demande comment ce voyage fut organisé.

Il m’explique : « En 1967, je suis élève dans la classe regroupant la 4ème, 5ème et 6ème primaire de l’école libre tenue par Monsieur Georges Bero, fumeur de cigares et de pipes dont la fumée embaume notre local. Avec son assentiment, il est de coutume à la Chandeleur, le deux février, de le séquestrer dans la classe et de le libérer sous condition : prendre connaissance de nos revendications et de nos propositions. Par exemple, nous avions souhaité jouer un match de football contre l’équipe de l’école communale toute proche, sur le terrain des « Champs Elysées » jouxtant le quartier des Marlaires. Notre vœu fut exaucé.

En cette année 1967, notre instituteur se laisse enfermer avec une plus grande complaisance que de coutume, ce qui nous étonne grandement. Au point que nous ne savions ce que nous allions revendiquer pour sa libération. Quasi spontanément, il propose un séjour à Maloja dans le cadre de classes de neige.
Pour nous, peu enclins à l’étude, c’est une grande nouvelle. Pour lui visiblement, une grande satisfaction… Il avait atteint son but.
Nous serons dix à répondre à l’appel et à cotiser pendant une année pour récolter le solde du coût de notre séjour. La plupart des enfants de la classe n’avaient jamais profité de vacances à l’étranger. Maintenant c’est devenu coutumier, mais à l’époque, dans un village, ce n’était pas aussi répandu.

Benoît JAUMAIN prend la photo
1- Jean-Luc BIRAL, fils de Jean (Giovanni) et Suzanne Henry
2- Roger BOIGELOT
3- Jean SANDRON, fils de Joseph et Marie-H. Liénart
4- Jacques HERMAND, fils de Paul et Mady Fraipont
5- Camille WILMET, fils de François et Gabrielle Mélin
6- Georges BERO, instituteur habitait au Coriat, époux de Lucienne Flahaux
7- Georges VANDEVORST, fils de Robert et Georgette Marschal
8- Etienne BIRAL, frère de Jean-Luc
9- Maurice VERNIMMEN, fils de Maurice et Aline Wodon
10- Dominique LAMBRECHTS

Mes parents ne sont pas fortunés, mais ils m’accordent l’autorisation de m’inscrire.
Monsieur Bero dessine alors un itinéraire. Pour payer progressivement le voyage, nous recevons une feuille sur laquelle nous collons de petites cases qui, paiement après paiement, constituent une carte du voyage que nous allions entreprendre l’année suivante.
Astuce pédagogique pertinente, car beaucoup d’entre nous mémorisèrent l’ordre des gares situées entre la Belgique et les confins des terres grisonnes. J’ai souvenance de 50 francs par case où l’on apposait un timbre comme preuve de paiement. On payait quand on le pouvait, l’essentiel était d’avoir toutes ses cases pour le départ …
Nous profitions d’un tarif préférentiel car les mutualités chrétiennes étaient actionnaires majoritaires dans le conseil d’administration de cette organisation « .

Le grand départ pour un séjour d’une semaine.

Un an plus tard vers la mi-février, en début de soirée, Camille et ses condisciples rejoignent la gare de Namur et s’installent dans le train couchettes qui les conduira jusqu’à Chur (Coire en français).  De cette ville, un petit train de montagne les emmène à Saint-Moritz.  Le reste du voyage se fait en car vers Maloja, via Silvaplana et Sils. La ligne Bruxelles-Namur-Coire a existé jusque dans les années 1990. C’est le service des cars postaux suisses qui assure le trajet Saint-Moritz-Maloja de nos jours.

Camille renchérit : » L’hôtel est vaste, il compte environ 300 chambres. J’en partage une toute simple avec Jean-Luc et Etienne Biral. Bien sûr, pas de salle de bain, nous disposons de deux éviers pour nous laver.

Pas de grasse matinée, nous sommes levés de bonne heure. Après le déjeuner, nous assistons aux cours de Monsieur Bero. Je me souviens du cours de géographie et d’étude du milieu de la région que nous découvrons. Monsieur Bero nous envoie un à un au tableau et nous prend chacun en photo en guise de souvenir. J’ai souvenance de trois monitrices, institutrices stagiaires, qui nous assistent dans les moments creux, lors de séances de bricolage ou de jeux de société. Il y avait une prénommée Françoise de Saint-Nicolas Waas et une autre résidant à Watermael-Boisfort. Cette dernière a correspondu pendant quelques mois en nous écrivant à l’école. Elle m’avait même invité à son mariage. J’avais alors quatorze ans; je n’ai pas eu la possibilité de m’y rendre.

Camille WILMET au tableau, joue au professeur….

Qu’en était-il de la discipline ?

 » Lorsque nous revenions de balade, nous devions nous déchausser dans les caves de l’hôtel où nous rangions les skis. Seules, les pantoufles étaient tolérées dans l’hôtel. D’ailleurs, comme on peut le constater sur la photo, les différents groupes devaient s’asseoir sur les marches d’un escalier monumental.

Les garçons floreffois sont assis à droite, sur les premières marches de l’escalier.

De là, les instituteurs pouvaient surveiller aisément les élèves appelés tour à tour pour rejoindre la vaste salle à manger. Nous étions à cette époque le seul groupe de garçons, isolés au milieu des filles.
Nous occupions des tables de huit, chaque jour nous recevions un repas complet; potage, plat et dessert. Chaque jour un élève différent était responsable de la table et assurait le service. On distingue sur la photo, Jean Sandron en train de distribuer la soupe.

1- Jean-Luc BIRAL
2- Camille WILMET
3- Dominique LAMBRECHTS
4- Maurice VERNIMMEN
5- Benoît JAUMAIN, fils de Honoré (dit Paul) et Rose Jadot
6- Georges VANDEVORST
7- Etienne BIRAL
8- Jean SANDRON

Plusieurs activités étaient programmées l’après-midi ; l’apprentissage du ski, les promenades dans la nature, les visites ; chez un fromager-charcutier par exemple, un petit barbu dénommé Pila qui parlait la surprenante langue romanche. Cette incursion dans la ferme de cet éleveur est certainement restée un moment fort pour plusieurs d’entre nous.

Camille WILMET à l’avant plan, en chasse-neige!

Le soir nous ne disposions pas de télévisions, les groupes se réunissaient dans la grande salle de spectacles où un animateur nous faisait chanter en chœur et en canons.

Chacun de nous avait reçu des parents de l’argent de poche enfermé dans une enveloppe confiée à Monsieur Bero, lequel nous le distribuait à la demande, avec parcimonie. Il était impératif d’envoyer une carte-vue à nos parents et de leur rapporter un souvenir. C’est donc avec une partie de cet argent que j’ai offert du chocolat Suchard à la famille. »

Pour terminer, Camille me raconte amusé, qu’au retour, après une petite dispute avec Maurice Vernimmen, il avait emprisonné celui-ci comme un pain saucisse, après avoir replié le lit couchette sur lui. C’est Monsieur Bero qui était venu libérer Maurice qui s’était donc retrouvé dans de beaux draps.

 » J’évoque volontiers ce voyage, je garderai un excellent souvenir de mon premier séjour à l’étranger dans ce majestueux décor immaculé. En 1975 et 2013, j’y suis d’ailleurs retourné en pèlerinage avec des membres de la famille ».

Nous remercions Camille Wilmet pour son témoignage.

Michel Barbier et l’équipe Bibliotheca Floreffia

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