Chasse-roues
Les chasse-roues : témoins discrets de l’histoire urbaine
Parmi les éléments les plus modestes du patrimoine urbain, les chasse-roues occupent une place singulière. Ces petites bornes de pierre ou de métal, souvent ignorées par les passants, racontent pourtant une histoire riche, intimement liée à l’évolution des transports et de l’architecture.
Origines antiques
Le chasse-roue, aussi appelé boute-roue ou chasse-moyeux, apparaît dès l’Antiquité. À une époque où les véhicules hippomobiles dominaient les voies de communication, les roues des charrettes, souvent larges et munies de moyeux proéminents, risquaient d’endommager les murs, les portails ou les angles des bâtiments. Pour prévenir ces chocs, les bâtisseurs installaient des obstacles fixes à la base des murs : les premiers chasse-roues.
Moyen Âge et Renaissance
Durant le Moyen Âge, les chasse-roues se généralisent dans les villes et villages. On les retrouve à l’entrée des ponts, sous forme de murets ou de bornes demi-circulaires appelées « bornillons ». Ils servent non seulement à protéger les infrastructures mais aussi à guider les attelages dans les passages étroits. Leur présence devient essentielle dans les rues pavées, où la conduite des voitures à cheval est rendue difficile par l’exiguïté des voies et l’inexpérience des cochers.
Époque moderne et style haussmannien
Avec l’essor des villes au XIXe siècle, notamment sous l’impulsion du baron Haussmann à Paris, les chasse-roues prennent une dimension esthétique. Sculptés dans la pierre ou forgés en métal, ils deviennent des éléments décoratifs intégrés à l’architecture des immeubles bourgeois. Leur forme varie : arc, boule, cône, parfois ornés de motifs floraux ou géométriques. Ils sont placés de part et d’autre des portes cochères, protégeant les montants tout en embellissant les façades.
Patrimoine rural et vestiges contemporains
Dans les campagnes, les chasse-roues subsistent à l’entrée des fermes, où les lourds chariots de foin menaçaient les murs. On les retrouve aussi aux angles des rues, avant l’apparition des trottoirs. Aujourd’hui, bien que leur fonction soit obsolète avec la disparition des véhicules hippomobiles, ils demeurent des témoins précieux du passé. Certains sont classés au titre du petit patrimoine, notamment en Wallonie, où ils jalonnent les circuits de découverte locale.
Ces modestes bornes, souvent ignorées, incarnent une mémoire matérielle de la ville et de ses usages. Elles rappellent que l’histoire ne se lit pas seulement dans les grands monuments, mais aussi dans les détails du quotidien.
Floreffe
Buzet, rue Emile Lessire, ferme du Stordoir. La ferme du Stordoir est un site historique remarquable dont l’origine remonte aux activités préindustrielles de l’abbaye. L’histoire du site est marquée par une mutation technologique s’étendant sur plusieurs siècles :
- La Forge (1283) : Les archives indiquent que dès 1283, l’Abbaye de Floreffe avait installé une forge à cet endroit, alors nommé Folerechmoulin.
- Le Stordoir (1682) : En 1682, l’infrastructure est transformée en tordoir (ou « Stordoir » en wallon), un moulin destiné à presser des graines oléagineuses (colza, lin) pour en extraire de l’huile.
- Évolution : Après la fin des activités de pressage, le site a conservé sa vocation agricole, devenant une ferme de plateau intégrée au domaine abbatial.
En 2025, la ferme morcelée lors de sa vente, est au cœur d’une réflexion architecturale, urbanistique et économique.
© Christian Couwenbergh
Robionoy. La ferme de Robionoy, située à Buzet-Floreffe (rue Elie Delire), est un témoin privilégié de l’organisation foncière et économique de l’Ancien Régime dans la région namuroise. L’histoire de la ferme est intrinsèquement liée à celle de l’Abbaye de Floreffe, fondée en 1121 par l’Ordre des Prémontrés. Robionoy faisait partie du vaste domaine agricole de l’abbaye. En 1787, elle figurait parmi les trois fermes les plus importantes (avec Robersart et Hingeon) que l’abbaye gérait en métayage. Contrairement à la majorité des terres louées par « bail classique », ces trois fermes de métayage généraient un revenu moyen à l’hectare inférieur d’environ 25 %, reflétant un mode d’exploitation spécifique à la fin du XVIIIe siècle. Elle est implantée sur un plateau cultivé offrant un panorama à 360° sur Floreffe et Buzet. Bien que non classée dans son ensemble comme le vieux moulin roman de l’abbaye, elle conserve les caractéristiques des grandes exploitations de plateau. Aujourd’hui, la ferme a évolué vers une spécialisation scientifique et commerciale. Elle se consacre à l’élevage de vaches de race limousine, pratiquant la vente directe de viande, ce qui maintient une activité agricole durable sur le site.
© Jean-Claude Leroy
© Jean-Claude Leroy
Coll. Jean-Claude Leroy
Il convient de se rappeler la proximité de l’ancienne abbaye et des trois (voire quatre) moulins: celui du Moulin-Brasserie, de la rue Oscar Kaisin et au pied de l’église. D’autre part, une trentaine de pieux fichés dans le sol, révélateurs de fondations d’un gros bâtiment (un moulin, selon les archéologues de la Région Wallonne) ont été mis à jour une cinquantaine de mètres plus haut que ces chasse-roues. Ces derniers marquaient peut-être l’entrée de la porte cochère d’un entrepôt ou d’une grange.
Floriffoux
© Christian Couwenbergh
Château de Dorlodot, rue du Chenêt / rue Sous-la-Ville. Château en L, situé non loin de la Sambre, et cantonné de trois tours carrées, construit en plusieurs temps au XVIIème siècle, peut-être à partir d’un noyau du moyen âge et considérablement transformé au XIXè siècle. La tour d’angle est apparemment contemporaine et pourrait dater de 1638, date de la clé de remploi du grand portail cintré. En dehors de la propriété, au S-E, dans une petite ferme tardive, nous pouvons découvrir une grange en large, en moellons de grès. Le portail en plein ceintre au S-O est daté à la clé de 1648. (Patrimoine monumental de la Belgique-Wallonie-volume 2, pp. 220-221).
Voir également :
Château de Dorlodot – iconographie
© Christian Couwenbergh
La ferme de la tour est située en bordure d’une prairie rejoignant un ancien méandre de la Sambre. Importante ferme en quadrilatère marquée au S-E par une tour d’angle carrée, datée vraisemblablement de 1702 ou en tout cas du début du XVIIIe siècle. Au nord se situe l’accès à la cour carrée par un portail surbaissé en calcaire muni de deux clés superposées, l’une de remploi frappée aux armes de Pierre de Gaiffier (1543-1595), échevin et bourgmestre de Namur, cantonnée du millésime de 1570, l’autre moulurée et datée de 1702. (Le Patrimoine monumental de la Belgique-Wallonie, volume 2, p.222)
Voir également :
Ferme de la Tour – iconographie
Ferme de la Tour – cartes postales
Franière
© Christian Couwenbergh
Ferme dire de ‘Deminche’, située rue de Deminche. Vaste quadrilatère massif, en briques chaulées et pierres bleues, dominant le plateau. Les constructions sont classiques de la 1ère moitié du XVIIIe siècle et les dépendances du XIXe siècle. Importante grange en long à l’O., portails en arc surbaissé et claveaux saillants alternés avec marques d’assemblage dont celui du S. est daté à la clé de 1731. (Patrimoine monumental de la Belgique -Wallonie -pp.255-257).
© Christian Couwenbergh
Ancienne ferme Verstraete, maintenant occupée par la famille Michiels, située rue de Soye. Ferme chaulée en briques et pierres bleues des XVIIIe et XIXe siècles, aujourd’hui subdivisée. Au nord, l’entrée est datée de 1755 à la clé du portail en plein cintre. Une grange en long est visible et date du XVIIIe siècle. (Patrimoine monumental de la Belgique – Wallonie – volume 2 – p254.).
0 commentaires