René Jadot – 9e partie

Morosité générale

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Le 26/2/17 3ème mois de
captivité et nous sommes toujours en
attendant le chargement. Nous avons remis
ce jour un billet à un invalide de
Floreffe retournant demain pour annoncer
notre arrivée prochaine.

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Le 27/2/17 journée qui comme les
précédentes semble très longue vu
que l’on attend le grand moment.
Le soir après la soupe nous sommes
égayés par un petit concert accordéon-
niste chose qui ne s’est plus présentée
depuis bien longtemps, tout le mon-
de étant devenu morose. Le 28/2/17
je reçois dans la matinée une lettre
de Marie très réconfortante ainsi
qu’une de Léon et une de Marcel. Merci
à tous. Si tu savais Léon que je comp-
te te revoir bientôt tu apprêterais
déjà tes bonnes tasses de café. Cet
après-midi transport d’invalides où sont
compris des Floreffois entre autres le
camarade Maurice 49, vous recevrez
donc de mes nouvelles fin de la
semaine. Le 1er mars 17 dans l’après-
midi je reçois enfin mon petit colis
tant attendu et qui me fait grand
plaisir. Je fais de suite le partage

49Maurice GUSTIN est rentré le 2/3/1917

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avec Georges et en donne quelques
petits bonbons aux 3 Fontaine qui
m’ont fait goûter les leurs. Main-
tenant au tour du mandat.
Je reçois encore une carte d’Emilie
Lacourte ce qui fait porter le nombre
à 54. Le 2/3/17 rien de nouveau,
quelques réclamés descendent dans le
camp du bas. Le 3/3/17 rien d’anormal,
journées de plus en plus longues
tellement on transit50 . Georges me fait
participer ce jour au partage de
son petit colis reçu ce jour. Le 4/3/17
pour un dimanche nous restons la
journée dans nos couvertures pour
éviter le froid. Nous faisons une cau-
serie avec Gustave. Vers 12 ½ h
je me fais la réflexion qu’à Floreffe
c’est la sortie de la messe et que
sûrement il y a dans le café un
des derniers veinards de la semaine
soit Maurice ou autre qui est

50 attendre fébrilement

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occupé d’expliquer le vie du camp etc.
Après-midi l’ami Louis remonte avec quel-
ques Floreffois du nouveau camp. Le 5/3/17
on donne connaissance d’une liste
des communes, listes dit-on qui sont
refusées par le Kreischef. La 1ère est
celle de Floreffe. Je ne m’y trouve pas
est-ce bien ou mal ? Tous les appelés
doivent se trouver au bureau à 3 ½ h
où on leur annonce qu’il sont obligés
à s’engager vu que leur réclamation
est refusée. Hier aussi Louis m’an-
nonce que mon mandat a été annoncé
hier dans la Cie, je l’attends
toujours à la baraque 14. Le 6/3/17
je reçois une carte d’Emilie Lacourte,
vue de Wanfercée Baulet merci.
Le 7/3/17 on continue toujours la lec-
ture des listes des non réclamés des
différentes communes. Voilà 3 jours
que nous ne découchons plus avec
Georges à cause du manque de charbon.

 

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Le 8/3/17 je fais l’acquisition
d’une paire de sabots. Je touche
aujourd’hui mon mandat postal
de 10 marks. Le 9/3/17 ce jour on
appelle les non réclamés de la liste
du 5/3/17. Les 3 frères Fontaine nous quittent
avec regret vers 3h après midi tandis
que nous, nous sommes toujours dans
l’attente. Nous avons ce jour un Floreffois
réclamé : Prévot51 . Je me demande si
vos démarches aboutiront mais enfin c’est
tellement le temps me semble long.
Le 10/3/17 voilà 2 jours que je souffre
un peu du mal de gorge. On nous
donne comme soupe au soir une
soupe extra « une soupe aux moules »
vous pouvez en juger !!! Le 11/3/17
je suis guéri de mon mal de gorge
la matinée se passe normal seule-
ment je comptais être rentré pour
ce dimanche mais hélas !!! Quand
sera-ce ?

51Joseph PREVOT, de Floreffe, rentré le 2/4/17

Du 26/2 au 11/3/1917.

Morosité générale – Solidarité de la chambrée – Attente sans fin.

Que le temps semble long à celui qui vit dans l’attente d’une délivrance, en l’occurrence le départ du camp de Cassel après une captivité de trois mois pour un retour au pays tant espéré.
Il y a bien les courriers reçus, nombreux : quatre lettres – il en totalise ainsi 54! -, un petit colis et un mandat de dix marks qui lui permettra de s’acheter une paire de sabots.
Les journées se passent au lit, sous les couvertures, car le froid est toujours piquant dans la chambrée où il n’y a pas de feu, faute de charbon.
Les distractions sont rares et c’est ainsi qu’il note l’organisation le 27 février, «d’un petit concert accordéoniste, chose qui ne s’était plus présentée depuis bien longtemps, tout le monde étant devenu morose».
Le mercredi 28 février, il note le départ vers Namur d’un «transport d’invalides où sont compris des Floreffois dont le camarade Maurice». René ne pourra s’empêcher de penser, le dimanche, qu’à Floreffe, «il y a un des derniers veinards de la semaine (Maurice ou autres) qui explique la vie du camp, etc…». Mais dimanche prochain, peut-être sera-ce lui le veinard ?
La réception d’un mandat de dix marks et de petits colis qu’ils s’empressent de partager entre eux contribue quelque peu à l’amélioration de l’ordinaire : c’est ressenti comme une compensation pour le moral.
Le lundi 5 mars, c’est la douche froide : tous les appelés doivent être au bureau à 15 h.1/2 où on leur annonce «qu’ils sont obligés à s’engager vu que leur réclamation est refusée». Mais fin de semaine, alors que ses copains les trois frères Fontaine quittent la baraque avec regret, René est lui, toujours dans l’attente.

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