René Jadot – 7e partie

«Le manger avant tout, ici»

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Le 29/1/17 dans la
matinée nous faisons le « cordon bleu »
avec Louis. Notre soupe y passe
de suite après celle au Russe et à
bâtia . Nous parlons ensuite du
mariage de notre camarade
Fernand en pensant au banquet.
Vers 2 1/2h nous y participons
de loin. Nous engouffrons avec
Maurice et Louis chacun 4 bons
biscuits de cette manière tout
n’est pas perdu, excepté la
boisson qui est remplacée par

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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le célèbre café aux glands.
Somme toute nous finissons vers 3h
et nous parlons déjà du souper.
Après le souper encore un nouveau
biscuit fourré tant et bien que
nous étions bien repus pour nous
coucher. Le 30/1/17 on annonce
un nouvel arrivage de biscuits.
Je suis chargé par le chef de
chambre de me rendre au con-
trôle des caisses où s’y trouve
un délégué de chaque chambre.
J’ai omis de dire que pour le
souper d’hier nous avons eu
comme plat après la soupe
1 douzaine de moules. Le 31/1/17
je passe presque toute ma journée
au bureau des chefs de chambres
en me chauffant car l’hiver est rude.
Bref je rentre dans la baraque à 9h.
Ce jour aussi nous pouvons écrire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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à nos familles aussi je m’empresse
de vous donner des nouvelles. Le 1/2/17
je me lève à 6h pour le café aux
biscuit. Vers 8 ½ je me chauffe au
bureau en rédigeant ces notes.
Le reste de la journée se passe assez
bien. Après le souper nous faisons une
partie de steck au bureau jusque
10h. Je vous dirai à vous autres MM
les amateurs de steck que c’est la
1e fois que je reprends notre jeu qui
nous a déjà tant amusés. Le 2/2/17
après le cacao, car maintenant
nous en avons assez souvent ainsi
que le café aux glands, je me rends
au bureau pour produire la liste
de notre baraque et c’est ici que
je rédige ces quelques notes. J’y reste
le restant de la journée. Le 3/2/17
jusque 2h après midi moment où
je rédige mes notes, rien d’anormal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Je reçois ce jour une carte de
chez moi qui m’annonce que le
coq ne souhaite pas mon retour très
proche. Je reçois également la
carte de l’ami Henri taxée et qui
date du 20/12/16 m’annonçant
la mort de son père. Le 4/2/17 je prends
une bonne tasse de chicorée habituel-
lement 2 fois par jour, cela
nous réchauffe le corps. Belle différence
des dimanches passés à Floreffe car
celui-ci comme les autres est bien
calme. Quelques amis de chez nous sont
séparés de notre baraque pour partir
au transport de mercredi ou jeudi.
S’y trouve Henri Piret40  à qui j’ai
remis un mot pour toute la famille.
La chance ne me sourit pas encore
cette fois-ci. A quand ?? Le 5/2/17
matinée ordinaire. Après le dîner
je rédige mes notes au coin du feu.
On me rapporte ce jour de l’hôpital

40 Habitant Buzet, rentré le 09 février 1917

 

 

 

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une tarte russe et une ration de
pain pour 8MK (le manger avant
tout ici). Je reçois une carte de Paulin
et de Marcel, grand merci. Le 6/2/17
on m’apporte une carte de Maria
égarée dans une autre baraque.
Ce jour je me rends à la soupe à
midi avec Georges (soupe aux poissons).
Après le dîner je reçois une carte
taxée de Léon qui me rend grand
espoir. A ma sortie du bureau
vers 2 ½ h, pour manger le reste
de ma soupe, je reçois des bonnes
nouvelles : de chez moi 1 carte et
1 lettre, 1 lettre de Lilie, tous
m’annoncent 3 petits colis, je les
attends avec impatience. Nous
sommes tous étonnés d’apprendre
les nouvelles concernant Théodule
et Fernand nos félicitations à
tous les deux.

 

 

 

 

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Le 7/2/17 je reçois aujourd’hui la 40ème
carte. Elle m’arrive d’Emilie Lacourte, carte
de bons souhaits merci. Je crois que je n’ai
pas à me plaindre pour le nombre de
cartes reçues. La journée se passe normale.
Le 8/2/17 on désigne encore quelques inva-
lides de la commune pour le prochain
chargement. Je remets mon petit mot à
Hilaire Alfred de Buzet41 . L’ami Ernest
rentre de l’hôpital où il a passé 4 jours
pour commencement de diarrhée mais
heureusement cela n’est rien. Il nous
rapporte quelques munitions : du pain, du
chocolat, du café, conserves. J’achète
pour ma part 1 ration pain, 4 biscuits
russes, 1 boîte de poissons, 1 paquet de
café, 1 morceau de chocolat. Avec
cela je peux encore marcher un peu
plus longtemps. Aussi le soir nous
faisons une bonne tasse avec Louis
et Maurice. Le 9/2/17 on fait dans la
chambrée une élimination d’hommes

41 Rentré le 19/2/1917

 

 

 

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pour aller je ne sais où ?? On sup-
pose que c’est pour la corvée. Grâce à
Dieu nous restons encore au camp et
espérons que cela restera ainsi jusqu’au
moment final qui j’espère approche.
Après une causerie après la soupe
du soir nous faisons un bout de
régal avec les copains. Le 10/2/17
nous changeons à nouveau de ba-
raque de suite après le thé. Je re-
mets encore un petit mot à Pierre
Renier42 . Espérons que ces messages
arriveront. Le 11/2/17 dimanche
77ème jour d’exil hélas. Encore beau
dimanche hein Lilie et les jeudis !!!
Georges va à l’hôpital ce jour
pour un clou43 . Espérons qu’il
nous reviendra encore comme Ernest
avec un peu de pain. Les invali-
des appelés le 8/2/17 nous quittent
ce jour, vous recevrez donc mon

42 Rentré le 19/2/1917
43 furoncle

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billet par Hilaire.

29 janvier au 11 février.

«Le manger avant tout, ici» – Un abondant courrier – Des départs mais, pour où ? –
Deuxième changement de baraque – Le bureau des chefs.

Ces deux semaines hivernales sont remplies de notations culinaires, les hommes de la baraque font «le cordon bleu», achètent des vivres à la cantine, «engouffrent» de bons biscuits à la pensée du banquet de mariage de leur camarade Fernand resté à Floreffe!
Quand leur ami Ernest rentre d’un séjour de quatre jours à l’hôpital (rien de grave, heureusement), il ne manque pas de rapporter café, pain, chocolat, conserves …
René Jadot y adjoint ses achats à la cantine : une ration de pain, quatre biscuits russes, un paquet de café, un morceau de chocolat et s’exclame, radieux : «Avec cela, je peux encore marcher un peu plus longtemps.»
Pendant ce temps, un courrier abondant continue à lui arriver, à flux continu. Il a calculé
(n’oublions pas qu’il est comptable à la Glacerie de Franière) qu’à la date du sept février,
il totalisait quarante cartes postales reçues ! Goguenard, il en tire la conclusion «qu’il n’a pas à se plaindre» … Qui plus est, les nouvelles du pays sont bonnes et rassurantes.
Et pour ajouter encore à son « confort » de baraque – dont ils viennent à nouveau de changer pour la deuxième fois le dix février -, René passe dorénavant ses journées au bureau des chefs. Il peut mieux s’y chauffer et rédiger, à son aise, les notes pour son carnet.
Quelques invalides désignés le jeudi huit février quittent Cassel pour la Belgique le dimanche onze. D’autres hommes de la baraque ont été embarqués mais chacun s’interroge sur leur destination. Heureusement, le groupe de camarades de notre Floreffois est resté entier.
Il espère toujours être du prochain convoi pour la mère patrie, il compte les jours – le dimanche onze février est la 77e journée d’exil – et se lamente sur ses beaux dimanches à Floreffe : c’est si calme ici, au camp de Cassel …

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